Blog

L'autocompassion n'est pas de la complaisance : ce que dit la science et comment la pratiquer

7 octobre 20268 min de lecture

Pensez à la dernière fois qu'un ami proche s'est vraiment trompé — une échéance importante manquée, une parole regrettée, une rupture subie. Que lui avez-vous dit ? Probablement quelque chose comme « ça arrive, tu as beaucoup de choses en ce moment, voyons ce qu'on peut faire ». Pensez maintenant à la dernière fois que vous vous êtes trompé. Que vous êtes-vous dit ?

Pour beaucoup de gens, l'écart entre ces deux réponses est immense. Avec les autres, nous sommes patients. Avec nous-mêmes, nous sommes des juges implacables. L'autocompassion est, au fond, la pratique qui consiste à réduire cet écart.

Estime de soi et autocompassion, ce n'est pas la même chose

Pendant des décennies, l'estime de soi a été considérée comme la clé du bien-être. Mais la recherche en a peu à peu révélé les pièges. Une vaste revue menée par Roy Baumeister et ses collègues, publiée en 2003, a conclu que les bénéfices d'une estime de soi élevée étaient plus modestes qu'on ne le pensait. Et il y a un autre problème : l'estime de soi tend à dépendre de la comparaison et du succès. Elle monte quand tout va bien et s'effondre précisément quand nous avons le plus besoin de soutien — quand nous échouons.

La psychologue Kristin Neff, de l'Université du Texas à Austin, a proposé l'autocompassion comme une alternative plus stable. L'autocompassion ne demande pas « suis-je assez bien ? ». Elle demande « de quoi ai-je besoin en ce moment ? ». Elle ne dépend ni du fait d'être meilleur que les autres ni de la réussite. Elle est disponible précisément dans les moments d'échec.

Les trois composantes, selon Kristin Neff

La bienveillance envers soi plutôt que le jugement de soi. Se traiter avec chaleur et compréhension face à la souffrance ou à l'erreur, au lieu de s'attaquer par une critique sévère.

L'humanité partagée plutôt que l'isolement. Se rappeler qu'échouer, souffrir et être imparfait font partie de l'expérience humaine commune. Ce n'est pas quelque chose qui n'arrive qu'à vous. Quand on traverse une difficulté, le sentiment que « tout le monde s'en sort sauf moi » est fréquent — et presque toujours faux.

La pleine conscience plutôt que la sur-identification. Reconnaître la douleur telle qu'elle est, sans l'exagérer ni la nier. Remarquer « ça fait mal » sans se noyer dans le récit selon lequel « ma vie est un désastre ».

Mais est-ce que cela ne va pas me rendre complaisant ?

C'est l'objection la plus courante — et la recherche suggère l'inverse. Dans des études de Juliana Breines et Serena Chen, publiées en 2012, les personnes encouragées à regarder une erreur avec autocompassion se montraient plus motivées à progresser que celles encouragées simplement à renforcer leur estime de soi.

C'est logique : quand une erreur s'accompagne d'une humiliation intérieure, nous avons tendance à la fuir, à la cacher ou à la justifier. Quand elle s'accompagne de compréhension, il est moins risqué d'y faire face et d'apprendre. L'autocompassion ne consiste pas à baisser la barre ; elle change le ton sur lequel nous nous demandons de l'atteindre.

Le lien avec le critique intérieur

Le psychologue britannique Paul Gilbert, qui a développé la thérapie centrée sur la compassion (Compassion Focused Therapy), décrit trois systèmes de régulation des émotions : la menace (qui nous protège du danger), l'élan (qui nous pousse vers la réussite) et l'apaisement ou le lien (qui nous calme et nous aide à nous sentir en sécurité). L'autocritique sévère tend à activer le système de menace — comme si nous étions attaqués de l'intérieur.

Beaucoup de gens reconnaissent cette voix intérieure dans des schémas familiers : le critique intérieur qui trouve à redire à tout, l'hypercontrôle qui ne supporte pas l'imprévu, le besoin de plaire qui ne se sent digne qu'en faisant plaisir. Ces voix ont généralement commencé comme une protection. Le problème, c'est qu'à l'âge adulte, elles coûtent cher. L'autocompassion ne cherche pas à faire taire le critique de force ; elle propose une autre voix, plus calme, qui a elle aussi quelque chose à dire.

Des exercices pratiques

La pause d'autocompassion. Proposée par Kristin Neff et Christopher Germer dans le programme Mindful Self-Compassion. Dans un moment difficile, dites-vous trois phrases, en adaptant les mots à votre style :

  • « C'est un moment de souffrance. » (pleine conscience)
  • « La souffrance fait partie de la vie ; je ne suis pas seul à vivre cela. » (humanité partagée)
  • « Puissé-je être bienveillant envers moi-même en ce moment. » (bienveillance envers soi)

Comment traiterais-je un ami ? Écrivez la situation qui vous préoccupe. Puis écrivez ce que vous diriez à un ami cher dans la même situation. Comparez les deux. Qu'est-ce qui vous empêche de vous dire la seconde version ?

Une lettre bienveillante. Écrivez-vous une lettre du point de vue de quelqu'un qui vous aime inconditionnellement et connaît vos défauts. Elle n'a pas besoin d'être belle ; elle doit être honnête et bienveillante.

Le geste apaisant. Cela peut sembler trop simple, mais poser une main sur votre poitrine ou votre bras dans un moment difficile est une manière de signaler de l'attention à votre propre corps. Beaucoup de gens disent que cela les aide à ralentir.

Réécrire la phrase du critique. Quand vous surprenez une phrase dure (« tu es un raté »), essayez de la réécrire comme la dirait quelqu'un qui vous veut du bien : « Cela ne s'est pas passé comme tu voulais. Qu'est-ce que tu peux en apprendre, et quelle est la prochaine étape ? ».

Une remarque importante

Pour certaines personnes, en particulier celles qui ont vécu des traumatismes ou dont l'autocritique est très intense, le premier contact avec l'autocompassion peut faire remonter des émotions fortes. C'est bien connu et cela ne signifie pas que vous vous y prenez mal. Si l'autocritique vous pèse beaucoup, ou s'accompagne d'une tristesse persistante ou de pensées de vous faire du mal, adressez-vous à un professionnel de santé mentale. Si vous avez besoin de soutien, consultez la page Besoin de parler ? ici, sur Ethea.

Une invitation

Le test Schémas d'autosabotage vous aide à mettre des noms sur les voix qui vous poussent le plus durement — le critique intérieur, l'hypercontrôle, le besoin de plaire, la posture de victime. Les reconnaître est le premier pas pour leur répondre avec plus de fermeté et plus de bienveillance. Faites-le avec curiosité, et souvenez-vous : le but n'est pas de vous débarrasser de certaines parts de vous-même, mais d'apprendre à dialoguer avec elles.

WhatsAppX
Lectures recommandées

En tant que Partenaire Amazon, nous percevons une commission sur les achats éligibles.

Contient des liens d'affiliation — acheter par leur intermédiaire soutient Ethea sans aucun surcoût pour vous.

Recevez votre résultat par e-mail

Ainsi qu'une brève réflexion hebdomadaire sur la connaissance de soi. Nous vous enverrons un e-mail pour confirmer votre inscription.

Pas de spam. Désinscription à tout moment.

Commentaires

Les commentaires sont modérés avant d'être publiés.